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Mon petit coin pour ranger mes idées de séquences, mes cours, mes fiches de travail, mes sites préférés, des lectures intéressantes liées à l'enseignement de l'anglais ou la pédagogie en général...Mais aussi des articles sur des outils TIC que j'aime et que je trouve utiles, ainsi que des présentations que j'utilise en formation TIC ou eTwinning.
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Wednesday, 14 June 2017

speed story-telling: accompagner les élèves dans la prise de parole en continu et en interaction

Je vais vous parler d'une activité récente menée en classe, avec mes élèves de 3°: un speed story-telling!


Au début de l'année, ma fille de troisième est revenue ravie d'une après-midi consacrée à un speed-booking. Ce fut mon tour d'ouvrir de grands yeux, et de lui demander en quoi cela consistait. Ses camarades et elle avaient une liste de livres à lire. Ils devaient chacun sélectionner leur favori, et préparer une présentation de ce livre, cette histoire, en cherchant à convaincre un futur interlocuteur de le lire, ou tout au moins de voter pour leur présentation! 

En anglais, beaucoup ont déjà organisé des speed-dating, souvent autour de questions assez simples visant à parler d'un thème vu en cours. Je travaillais pour ma part sur une thématique "Imagine a new world", abordant la dystopie et l'utopie. Les élèves devaient donc choisir un livre (il y en eu très peu), un film ou une série dystopique. Ils devaient préparer leur intervention en créant un résumé de l'action ressemblant un peu à une quatrième de couverture. Il ne s'agissait pas de tout raconter, mais de donner le cadre, et de présenter le lancement de l'intrigue. Ensuite, ils pouvaient également parler des personnages, et évoquer la raison de leur choix, ou ce qu'ils appréciaient dans cette histoire. 

Les textes étaient interdits: pas de phrases complètes; mais les élèves pouvaient préparer un pense-bête sous forme de liste de mots, de mindmap,etc.

Les tables ont donc été placées en face à face en deux colonnes. Le chrono de 1 min 30 a été affiché au tableau. Le premier élève devait donc parler tout ce temps. Ensuite son camarade évaluait sa prestation sur une fiche, et devait lui donner un ou deux conseils pour la suite: 
1-Ce n'était pas vraiment compréhensible 
2-C'était globalement compréhensible mais un peu court, ou superficiel
3-Bien clair et assez complet
4-Clair et agréable à écouter, intéressant

C'était alors au second élève de parler. Puis de se faire évaluer par son camarade et de recevoir son feedback. Ensuite, les élèves qui se trouvaient dos à la porte devaient bouger d'une place dans le sens des aiguilles d'une montre. Et c'était reparti, sans arrêt durant le temps d'un cours, soit environ 55 minutes.

Globalement, l'activité s'est très bien déroulée. Certains élèves n'avaient pas bien préparé, dans le sens où ils sont arrivés avec un texte écrit. Au lieu d'avoir des élèves muets, j'ai accepté qu'ils utilisent leur fiche. Ils ont vite réalisé que c'était assez difficile de communiquer vraiment lorsqu'on lit ou qu'on déchiffre un texte. Parmi ces élèves, certains ont petit à petit réussi à se détacher des notes, à se débrouiller. En effet, l'un des intérêt de ce système est que les élèves vont répéter leur speech environ 10 fois!

Au début, ils sont assez figés, un peu intimidés. Et puis au fur et à mesure, j'ai pu remarquer que beaucoup regardaient plus leur interlocuteur, faisait des gestes, des mimes...Ils se détendaient et rentraient vraiment en communication, de manière verbale et non-verbale.

Certains aidaient leurs camarades en donnant un mot, ou bien en enchaînant avec des questions pour les faire parler si le discours était un peu court.

Dans une classe, 4 élèves ont moins joué le jeu. J'ai dû rappeler que le français était interdit. Les discours étaient courts, mal préparés. Les autres se sont bien comportés. L'activité a été appréciée. Ils ont choisi de faire la présentation de leur utopie sous cette forme, à 18 voix contre 8.

La seconde classe s'est bien comportée pendant l'activité, mais ils n'ont pas souhaité renouveler l'expérience pour la tâche suivante, principalement par crainte de se retrouver encore en position de locuteur isolé. Ils manquent de confiance en eux, et préfèrent donc une présentation plus classique en groupe. Le travail dans cette classe est aussi plus difficile, il y a également eu des problèmes de harcèlement au sein du groupe, ce qui peut expliquer une certaine défiance.

La troisième classe a tellement aimé l'activité que les élèves m'ont les premiers demandé de faire l'activité autour de l'utopie de la même manière. A l'issue de cette deuxième session, ils voulaient encore poursuivre. Pour la session sur l'utopie, ils disposaient chacun de 4 minutes, à répartir entre prise de parole en continu et expression en interaction. Le feedback et l'évaluation étaient plus exigeants, portant vraiment aussi sur la qualité de l'intervention, après un rappel du contenu de la compétence aux niveaux A1, A2, A2 vers B1 et B1. 
Dans cette classe, l'atmosphère est généralement détendue, les élèves s'entendent bien. 

Et le prof là dedans, me direz-vous? Et bien le prof est de côté, il regarde, il observe, il écoute à la volée. Mais il n'intervient pas, il n'interfère pas. Il est simplement le gardien du temps (oui, bon, en fait il relance le timer!!!!!). De temps en temps, j'ai juste répété des conseils que j'avais entendus formulés par des élèves à leurs camarades, et qui me paraissaient judicieux.

Je joins une vidéo pour que vous voyez un peu à quoi cela ressemble.






Quelques réflexions! 

Suite à quelques discussions sur les réseaux sociaux, je me rends compte que certaines questions peuvent se poser. Voici ce que j'en pense, ce qui bien entendu n'engage que moi!

1-Est-ce que l'élève ne va pas trouver barbant de redire 10 fois la même chose? 

Alors justement, non, il ne dit pas toujours exactement la même chose. Pourquoi parce que Charlotte et Bastien ne sont pas identiques, ne sont pas les mêmes interlocuteurs, n'ont pas le même niveau d'anglais, les mêmes intérêts, la même relation avec l'un avec l'autre avec Matthéo, etc. 

Donc le but est aussi de s'adapter à son interlocuteur. J'ai vu des bons élèves arriver avec leurs supers discours, et non, ils n'ont pas pu le resservir à l'identique. A part s'ils sont de très mauvais communicants...10 fois de suite. Ils réalisent vite qu'il faut s'adapter. Ce qu'ils font en tenant compte du feedback des autres. 

J'avais l'expérience de ma fille, qui a passé 3 heures à écouter les autres et à redire son speech. Elle est rentrée enthousiaste! Pourquoi? Justement la fièvre de convaincre l'autre de voter pour mon livre, de partager ce que j'ai aimé. 

Et puis mon but machiavélique aussi, c'est de les préparer à ce qui les attend dans 3 ans, et puis après: oral du bac, embauches, etc. Si on ne leur apprend pas à être à l'aise, si justement on n'arrive pas à faire de la prise de parole (en anglais ou en français) non pas un truc exceptionnel et qui met mal à l'aise, mais une pratique tellement naturelle qu'elle peut devenir barabante, alors on aura peut-être moins de petits français nuls comme communicants. 

Pour moi c'est une petite pierre de fondation qui doit surtout permettre d'aller vers des prises de parole plus spontanées et poussées, avec des mini-débats, sur des sujets pas forcément connus, avec des opinions à défendre. Sinon....en terminale on a encore et toujours des élèves qui arrivent aux oraux nous servant une soupe style miss France: "War is bad" ou pire encore: "War is good because it is good for business and after people have babies".




De plus, côté élève, le ressenti était globalement bon. A moins que j'ai deux classes de masochistes. C'est possible! De toute façon toute activité ne peut pas plaire à tout le monde, c'est clair. 



2- A quoi ça sert de répéter 10 fois la même chose?


Cet exercice, répétitif, est rassurant pour les élèves qui d'habitude n'osent pas dire un mot en anglais, car justement ils constatent que l'autre en face les comprend et les aide. Forcément, vu qu'après c'est sont tour d'y passer, il y a une certaine solidarité! Ils semblaient aussi soucieux de comprendre l'autre que de s'en faire comprendre. 
Ensuite, que même Léo le super top en anglais dise à Patrick qu'il a tout compris et que c'était clair, ça fait drôlement plaisir à Patrick, à qui on dit rarement des choses positives à l'école. Et quand c'est la prof qui lui dit, il n'y croit pas trop.
En y réfléchissant un peu, à peu près tout ce qu'on leur fait faire est du même acabit: c'est comme pour la littérature en somme:

 "the willing suspension of disbelief"


Nous faisons semblant, eux et nous, de faire quelque chose qui a un sens. Nous faisons semblant de rentrer à l'école de Poudlard, de retrouver un criminel dans une enquête, que notre vidéo sur les bons gestes éco-citoyens faits avec des partenaires européens va changer quelque chose (alors que non, parce qu'en fait, tout le monde s'en fout et que Trump va faire foirer les accords de Paris qui de toute façon sont bien insuffisants!), nous faisons semblant de faire plein de choses tout le temps. 
C'est un peu la pédagogie actionnelle en somme: on dirait la vraie vie, mais ce n'est pas la vraie vie. 

J'entraîne juste mes élèves pour ce moment où dans la vraie vie, ils vont avoir besoin d'une compétence spécifique. 
Par exemple: aller passer 15 entretiens d'embauche, en redisant 15 fois la même chose, en l'adaptant plus ou moins au contexte, et en ayant l'air aussi enthousiaste la 1ère, la 5°, la 15° fois. 
Si en tant que professeur je n'accompagne pas mes élèves, alors c'est tout seul que chacun d'entre eux devra se confronter à cette expérience. 



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